Vous êtes nombreux à nous demander l'hIstorique de La Savoie.
Michelle Tardy-Dujourd'hui a accepté de nous faire bénéficier du fruit de ses recherches entreprises en 1988. A travers elles vous découvrirez l'Histoire de ce fabuleux destin de "La Maison de Savoie" .
Au fil des articles, Comtes, Ducs et Rois n'auront plus de secrets pour vous ! Nous vous proposons ce 1er article : La Maison de Savoie, les Origines, Conquêtes et Romanisation. Bonne lecture et merci à M. Tardy-D.
La Savoie
(D’après recherches et documentations historiques par Michelle Tardy-Dujourd’hui)
L’histoire de ce destin a commencé vers 100 000 ans avant notre ère.
La MAISON de SAVOIE
La dynastie de SAVOIE dont les origines remontent au Xème siècle a donné une lignée de personnages qui se sont succédés, avec des fortunes diverses, à la tête de l’Etat Savoyard avant de régner sur l’Italie jusqu’en 1946.
De la Maurienne, leur berceau, à Hautecombe, leur nécropole, Comtes, Ducs, Princes, Rois ont fixé leurs séjours, tantôt au bord des lacs du Bourget ou du Léman, tantôt à Chambéry puis à Turin, sillonnant sans cesse les provinces de La Savoie. Villes, châteaux et abbayes, autant de jalons évoquant de nos jours encore le souvenir d’une des plus brillantes dynasties d’Europe, fondée par Humbert aux Blanche Mains de Maurienne qui devient ainsi le 1er Comte de Savoie.
Peut-on imaginer destin plus fabuleux que celui des ces montagnards, gardiens des cols des Alpes du Nord, dont les Comtes, devenus Ducs puis Rois, vont établir leur autorité de part et d’autre de la plus haute chaîne de montagnes du continent !
A l’époque préhistorique, ces habitants vivent comme des esquimaux au milieu de vastes glaciers. Romanisé, le fier pays des Allobroges accueille les Burgondes qui début du Moyen-Âge, repousse les Sarrasins, développant une civilisation aussi originale que brillante qui fera de la « Maison de Savoie » après la Renaissance une des plus brillantes et entreprenantes dynasties européennes, étendant son pouvoir des rives du Léman à celles de la Méditerranée.
Au XIXème siècle, elle unifiera l’Italie mais au prix de la cession à Napoléon III de sa partie francophone.
Voici ce que fut cette épopée, plusieurs fois millénaires,
LES ORIGINES
La vie des premiers habitants de la future Savoie ressemblait à celle des Esquimaux. La présence des grands glaciers alpestres les contraignaient à vivre dans des conditions précaires et les empêchaient d’aborder l’intérieur du pays.
A l’âge de la « Pierre Polie » des tribus venues de l’Est domestiquent les animaux, cultivent le sol, façonnent l’argile, tissent de grossières étoffes. Dégagée des glaciers la montagne n’est plus un obstacle à la pénétration humaine.
A la fin de la période « du Bronze », vers 725 av. J-Ch, les hommes avaient conquis les vallées les plus hautes à la recherche soit de l’alpage, soit du cuivre. Toujours à la même époque les rivages connaissent l’épanouissement des cités lacustres avec des habitats sur pilotis dans les lacs d’Aiguebelette, du Bourgey, d’Annecy, du Léman : Genève était une cité importante.
Les Celtes, originaires de l’Allemagne du Sud s’installent dans la future Savoie au second « Âge du fer » (entre 500 et 100 av. J-Ch. Une de leur peuplade, les Allobroges, étend son influence du Léman au Sud du Grésivaudan.
CONQUETE et ROMANISATION
La conquête s’effectue en deux étapes :
- les Légions romaines réduisent d’abord l’avant du pays et les basses vallées,
- puis elles occupent la montagne.
Deux peuplades jouèrent probablement le rôle de portiers des Alpes :
- les Ceutrons de Tarentaise : s’étendant du Nord jusque dans le Val de Chamonix, gardaient le Petit-St-Bernarad,
- les Médules de Maurienne qui contrôlaient les voies d’accès sur le Val de Suse.
En 218 av. J-Ch, *Hannibal rencontre auprès des tribus montagnardes un certain nombre de complicités qui lui permettent de franchir les Alpes et d’écraser les Romains. Un siècle plus tard, Dominitus Achenobarbus venge cet affront et les Allobroges ne peuvent se soustraire à la domination romaine. Par contre l’hostilité des peuplades montagnardes à toute ingérence romaine rend beaucoup plus difficile la conquête des hautes vallées. Ce n’est qu’à la fin du 1er siècle av J-C. que les légions d’Auguste parviennent à tenir les grands cols alpestres, soit près de 50 ans après la conquête de l’Allobrogie.
*Hannibal (Général et homme d’Etat Carthaginois -247-138 av. J-Ch. Il déclencha la 2ème guerre punique par l’attaque de Sagonte en Espagne (actuelle Sagunto), alliée de Rome. D’Espagne il gagna les provinces italiennes par les Alpes, battit les Romains à Trasimène en 217 av. J-Ch. Il fut plus tard vainqueur à Zama (Numidie, ancienne contrée d’Afrique du Nord) en 2O2 av. J-Ch. Réfugié à Bitynie (nord-est de l’Asie Mineure) en 188 av. J-Ch., il s’empoisonne pour échapper aux Romains.
Avec l’ascension d’Auguste le régime impérial s’instaure discrètement sous le terme de Principat. L’œuvre du Prince consistera à apaiser l’esprit de compétition du pouvoir, à organiser l’administration des provinces. La physionomie de la Gaule est dès lors fixée administrativement pour trois siècles et c’est dans un cadre stable que La Savoie va connaître la « Paix Romaine » avec un épanouissement remarquable de la vie municipale. L’appellation de « Cité de Vienne », remplace celle d’Allobroges pour devenir plus communément « La Viennoise ».
Par contre, craignant la turbulence des peuplades montagnardes, Auguste ne les incorpore ni à Rome, ni à la Gaule. Il les répartit en petites provinces à la tête desquelles il place des Préfets. Ces provinces formeront :
- les Alpes Grées : Chamonix, Beaufortain, Tarentaise
- les Alpes Cottiennes : Val de Suse, Briançonnais, Maurienne
Une voie importante venant de Milan passait au Petit-St-Bernard pour se rendre à Vienne. Près d’Albertville se greffait une importante bifurcation vers Annecy (Bautae) et Genève. La voie maurienne avait moins d’importance commerciale et la vallée de l’Arc faisait partie des Alpes Cottiennes qui groupaient des secteurs alpins ne pouvant communiquer que par des cols : première ébauche d’un Etat Savoyard à cheval sur les Alpes.
Les règnes de la dynastie Julio-Claudienne qui se succèdent n’ont pas tous les incidences locales. De Galigula on retiendra seulement son passage des Alpes où il projetait, entre deux folies, la fondation d’une ville bâtie sur une cime ! L’activité de Claude est plus efficace. Né à Lyon 10 ans av. J-Ch., il
meurt en 54 après J-Ch. empoisonné par Agrippine), il s’efforce de favoriser la Gaule. On connaît par les Tables claudiennes en bronze trouvées à Lyon l’éloge qu’il fait de Vienne. Il lui confirme ses droits romains et finance des travaux importants. Il faut noter cependant à sa charge qu’il laisse assassiner, à l’instigation de Messaline, le Consul Asiatiens Valérius, Viennois distingué arrivé au faîte des honneurs.
Dans les Alpes il remplace les Préfets par des Procurateurs équestres mais conserve à la tête des Alpes Cottiennes les Roitelets locaux qui donnent leur nom à ce district. En Tarentaise il est le bienfaiteur d’Aime qui prend un moment son nom.
Si les extravagances de Néron n’ont pas résonance ici, à sa mort les compétitions militaires pour la succession du dernier empereur de la dynastie jettent le trouble dans ce pays pacifié depuis un siècle. Il est bien long de raconter, d’après Cassius et Tacite, ces deux années de troubles, de guerres où la soldatesque déferlant sur les routes de La Savoie commet réquisitions et déprédations dans les villes traversées. La période qui suit pour deux siècles est par contre sans histoire.
Puis avec trois prétendus disparus, Vespasien est proclamé empereur par les légions d’Orient et accède au pouvoir lors de son retour à Rome (en 70). Avec cette dynastie bourgeoise l’administration subit diverses réformes. Il procède à des révisions territoriales notamment sur le cadastre de la Gaule. Un témoignage de son activité organisatrice en Savoie, une borne frontière plantée au Col de la Forclaz et du Prarion (encore visible). Celle-ci a été posée pour régler un conflit de frontière entre les Ceutrons, possesseurs des vallées de Chamonix et Montjoie et les Allobroges qui occupent la vallée de l’Arve de Génève à Passy.
Le deuxième siècle, celui des Antonins, voit sous les règnes de Trajan, d’Adrien, d’Antoine et de Marc Aurèle les villas s’agrandirent de dépenses somptuaires. Quelques calamités publiques affectent cependant La Savoie : inondations torrentielles des Alpes, épidémies de peste en Viennoise et désertions provoquées dans l’armée par Maternus qui pille les villes de la vallée du Rhône. Le meurtre de Commode en 192), fils indigne de Marc Aurèle met fin à la dynastie ouvrant une courte période de guerre civile de laquelle Septime Sévère sort vainqueur.
L’acte le plus important de cette période est sans doute la promulgation par Caracalla (fils de Septime Sévère, né à Lyon en 188, décédé en 217. Il règne de 211 à 217 date à laquelle il est assassiné) de la Constitution Antoninienne en 212 qui étend droit de cité à tous les hommes libres de l’Empire. Cette consécration laisse supposer une assimilation de fait depuis longtemps accomplie. Il fait aussi construire à Rome les Thermes qui portent son nom .
Ce même empereur est le premier à entrer en contact avec les Alamans dont La Savoie aura tant à souffrir par la suite. Ils sont cependant contenus pendant cette période, tandis qu’à la chute d’Alexandre Sévère en 235 l’Empire sombre dans l’anarchie.
Les répercutions locales des guerres civiles et compétitions impériales qui troublent la seconde moitié du IIIème siècle sont mal connues. On sait mieux les conséquences des invasions qui ont eu, en partie, pour théâtre La Savoie.
(M. Tardy-D., à suivre)